LA FETE DU 9 MAI EN RUSSIE

9 mai Moscou

Très souvent quand je parle avec  les Européens, je dois expliquer pourquoi nous sommes «comme ça»… ou, plutôt pourquoi nous sommes «autres» – pas comme les Européens. Pourquoi on ne sourit pas aux passants, pourquoi on dépense si facilement, pourquoi parfois on fait les choses folles et illogiques du point de vue européen, pourquoi nos femmes sont toujours en grand apparat, pourquoi il faut payer pour elles… Pourquoi pour nous la fête du 9 mai, jour de la Victoire est toujours l’une des fêtes nationales les plus importantes, une seule journée qui unit vraiment tout le monde. Pourquoi 70 ans plus tard cet événement reste si important pour nous ?

Aujourd’hui, le jour de la victoire, c’est le 9 mai en Russie et c’est une fête. Je vais essayer de répondre à ces questions … 

 En fait, nous sommes «comme ça» en grande partie juste à cause de cette guerre, qu’on s’appelle ici la Grande guerre patriotique qui a duré 4 ans et qui s’est achevé par la victoire  pour nous.  La victoire, qui nous a coûté selon les estimations différentes de 27 à 40 millions de vies … Pensez à ces chiffres. C’est à comparer  avec la moitié de la population de la France moderne. C’est le nombre des gens que l’Union soviétique a perdu en à peine 4 ans… perdu dans une guerre qu’il n’a pas déclenchée, libérant du nazisme son pays et puis l’Europe. 

En Russie, il n’y a aucune famille qui n’a pas souffert de cette  «viande-haché». Dans chacune d’elle on se souvient de ses propres héros. Chaque femme de cette époque a perdu un père, un mari, un fils ou un frère. Les femmes elles-mêmes mouraient  aussi  au combat et à l’arrière. De vastes territoires du pays étaient occupés. Et cette occupation ne peut être comparée à celle qui était en France. Hitler considérait les Slaves comme des citoyens de seconde zone. 

En fait, ses plans comprenaient l’esclavage et une réduction significative du nombre de Russes, Ukrainiens, Biélorusses. Dans le territoire soviétique occupé, les nazis ne se comportaient pas du tout comme en Europe centrale. 7 millions de personnes ont été exterminées délibérément, plus de 2 millions ont été condamnées à des travaux forcés en Allemagne et elles y sont mortes de faim, de cruauté et de conditions de vie inhumaines. En général, d’après les dernières données, nombre de victimes parmi les civils ont été estimés à 23 millions de personnes. Des villes entières ont été balayées de la surface de la terre. Léningrad pendant plus de deux ans était morte de faim, de froid et des bombardements. 

De nombreux pays ont participé à la Seconde Guerre mondiale, mais aucun d’entre eux n’a souffert comme  l’URSS. Nous avons payé le prix énorme pour cette Victoire. Et nous ne pouvons pas l’oublier jusqu’à présent, même si nous le voulions. 

 Les voix de ceux qui sont morts et qui ont survécu à l’époque sont encore forte en nous. Ce sont nos grands-parents. C’était une génération forte, qui a du traverser ce que peu de personnes pourraient traverser. A votre avis comment cette expérience insupportable façonne les personnes? La nation… le pays? Et si l’on y ajoute tous les bouleversements antérieurs et ultérieurs qui ont frappé la Russie au 20ème siècle. Imaginez tout cela : révolutions, répressions, guerres, crises et changements de pouvoir. Ce “rouleau compresseur” de l’histoire nous a tous traversés. Toujours nous devons panser nos plaies et la Grande Guerre patriotique est la plus grave parmi elles. C’était une des pires épreuves que nous avons pourtant réussi à surmonter. 

Le 9 mai n’est pas seulement le jour de la victoire, c’est comme un jour de renaissance pour quelqu’un qui a survécu à la catastrophe. Ce jour est devenu l’anniversaire de la communauté, qui s’appelle aujourd’hui l’espace post-soviétique. Ce malheur commun surmonté ensemble et la victoire commune sont deux choses qui nous unissent tous jusqu’à présent malgré tout.

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